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Comme il est simple d'être sûr.

Dans la vie, il y a deux catégories de personnes (promis, un jour je trouverais une autre entrée en matière), ceux qui ont des certitudes, et les autres.

Clairement, je fais partie de la seconde catégorie, bien que j'affirme haut et fort le contraire. 

Ce sont les élections qui viennent de se terminer qui m'ont fait penser à ça. Beaucoup de gens ont une opinion bien tranchée sur ce qui s'est passé.

Marine Le Pen aurait été plus bénéfique pour la France. Macron saura quoi faire, lui seul peut changer les choses. Macron a été élu car il est moins pire que Le Pen. Macron est un enfoiré esclave des banques et des riches.

C'est chouette d'avoir des convictions. Et ça doit être rassurant d'avoir des certitudes si balaises. 

Moi je pense que je ne peux pas voter Front National, ne serait-ce à cause de leur passé, des réflexions négationnistes, des gens qui ont fondé ce parti, ce serait trahir mon histoire familiale. Je pense qu'en tant que féministe, c'est difficile de voter pour quelqu'un qui a un parti qui rejette presque toutes les lois qui défendent le droit des femmes. Mais lorsque quelqu'un m'explique pourquoi il vote ainsi, je l'écoute, et m'interroge. Et si c'était les médias et mon éducation qui m'avaient vraiment diabolisé le FN ?

Je pense que Macron est un genre d'ovni, et qu'on ne saura ce qu'il vaut qu'une fois qu'il aura agit. Je ne pense pas qu'avoir été banquier soit une mauvaise chose. Mais si ça se trouve, je vais amèrement le regretter, parce que les gens ont raison.

 

Clairement, je ne sais pas être sûre de moi.

Parce que quand je dis que je m'affirme comme féministe, c'est tout simplement parce qu'il me paraît évident qu'en tant que femme, j'ai à coeur de défendre les droits des femmes.Je suis contre le harcèlement, l'inégalité, la culture du viol, le victime-shaming (le fait de culpabiliser une victime "mais tu as vu comme tu étais habillée ?" par exemple) et j'en passe. 

Mais lorsqu'un type est montré du doigt, parce qu'il a fait telle ou telle chose, je m'interroge. Est-il vraiment un connard ? Sur le papier, ce qu'il a fait est mal. Mais lui, est-il mauvais pour autant ?

Ou bien est-ce juste un type qui ne s'est pas rendu compte de ce qu'il faisait ?

Parce que je pense que comme on ne peut jamais être sûr de rien, il est probable de blesser l'autre de façon involontaire, plusieurs fois dans une vie.

J'ai lu un article l'autre jour expliquant que les hommes féministes l'étaient pour de mauvaises raisons. Je n'étais pas d'accord. Je ne pense pas que les hommes soit nos ennemis. Mais je ne pense pas non plus que les hommes peuvent comprendre totalement ce que vit une femme au quotidien, ce qui explique cette réaction. Tout comme une femme ne peut pas imaginer ce que vit un homme. Et souvent, les féministes sont montrées du doigts : elles en font trop.

Est-ce le cas ? Ou bien est-ce que cela fait justement parti du problème, le fait de minimiser les problèmes des femmes ?

 

C'est compliqué de gérer cette remise en question lorsque l'on est en face de quelqu'un plein de certitudes.

En cas de débat, je tente de la laisser de côté, pour défendre la position qui me semble la plus valable... Ou la moins. Se faire l'avocat du diable, ne serait-ce que pour amener l'autre à réfléchir est toujours bénéfique je pense. Enfin probablement.

Et si ce débat part en vrille, et que certains protagonistes se retrouvent vexés, je m'interroge. A leur place, l'aurais-je mal pris ? Comment aurais-je réagi ? 

Et si je trouve la réaction disproportionnée, car je n'aurais pas réagi comme ça, je m'interroge encore. Ma façon de réagir, bien qu'étant la seule que je suis totalement apte à comprendre, n'est pas la seule valable.

Alors j'inverse les rôles, et me demande : si j'avais réagi comme la personne en face, comment celle-ci se serait comportée avec moi ? Et j'ajuste mon comportement en conséquence, j'en parle autour de moi, histoire d'avoir d'autres avis, et d'être sûre que mon choix est le moins pire.

 

Je crois que c'est ça en réalité, je suis une adepte du moins pire. Il est courant que je me retrouve en désaccord avec la majorité autour de moi, à cause de cette volonté de ce qui me semble le moins pire.

Prenons un débat qui divise foncièrement : la peine de mort.

Faisant partie du côté de la population incapable d'avoir des certitudes, je suis bien sûre contre.

Et je ne suis pas sûre que ça soit la meilleure option, mais il ne peut en être autrement.

Comment pourrais-je cautionner qu'on enlève la vie à quelqu'un pour une quelconque raison, alors que je n'arrive jamais à être convaincue de rien ?

Lorsque j'explique mon opposition à cette pratique, on me sort régulièrement le même argument :

"Mais si un type tue ta mère, ou viole ton enfant, tu ne voudras pas qu'il meurt ?"

Si, sûrement. Mais déjà je ne suis pas sûre de ma réaction, la colère n'est pas un sentiment tenace chez moi, elle est rapidement remplacée par la pitié.

Ensuite, ce n'est pas parce que je voudrais quelque chose qu'il faut que ça arrive. On ne désire pas que les bonnes choses. C'est la différence entre passion et raison, entre vengeance et justice.

Je ne suis pas sûre de vouloir que mes émotions servent de référence à une justice qui est censée être aveugle, et donc objective.

Et je ne suis pas sûre de vouloir charger quelqu'un d'exécuter un humain qui ne lui a rien fait.

 

Ce manque de certitude me suit au quotidien, et parfois j'espère, me pousse à tenter de devenir meilleure, à cause des remises en questions que cela entraîne. 

 

J'ai pourtant essayé d'en avoir.

La plus longue tentative de ma vie fût d'arriver à croire en Dieu. Lequel ? Ayant été élevée en école catholique, j'ai tenté de croire que Dieu avait créé la Terre, les hommes, et toutes choses existantes, et qu'il nous aimait, et que si le monde partait en cacahuète, c'est parce qu'il nous avait laissé notre libre arbitre. J'ai tenté de croire que lorsqu'une personne que j'aimais décédait, elle partait dans un monde meilleur, et que je la rejoindrais un jour.

Comme ça doit être réconfortant... A se demander pourquoi les catholiques pleurent aux enterrements.

J'ai vraiment essayé, de toutes mes forces. Comme l'a si bien dit Bénabar : 

"J'ai prié Dieu pour qu'il existe."

Et ce fût un échec, comme chaque fois que je tente d'être sûre de quelque chose.

Je n'arrive pas non plus à croire absolument les faits scientifiques. On pense être sûr aujourd'hui, mais pendant des décennies, nous étions sûrs que l'atome était ce qu'il existait de plus petit, nous étions sûrs que la Terre était plate... Alors la possibilité infime d'une erreur reste possible.

 

 

En fait, j'envie les gens pleins de certitudes. Je pense vraiment que ça doit être moins fatigant, et plus simple au quotidien d'être certain que l'on est dans le vrai, que ce que l'on fait est le bon choix.

 

J'crois que ça va pas être simple d'élever un gamin avec tous ces doutes.

Mais enfin, comme pour tout le reste, je me trompe peut-être...

 

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À propos

Melusine Hoffman

Clermontoise pseudo-écrivaine. Râleuse Chronique. 36 15 jraconte ma life. Prends le temps de lire, et de commenter (surtout si tu n'aimes pas...)
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Victor Ladou 10/05/2017 18:05

C'est marrant, ça me rappelle le premier de tes articles que j'ai commenté : "Parfois, on a des certitudes" (rappel : l'eau ne bout pas forcément à 100°)
Je suis d'accord avec toi sur les faits scientifiques, et j'ajouterais même qu'il faut se méfier de l'Histoire, car elle est écrite par les vainqueurs.
Pour le reste, je ne pense pas qu'il faille être féministe pour être contre le viol, le harcèlement.
Il suffit juste d'être humain.
Et de cela, j'en suis convaincu...

MelusineHoffman 11/05/2017 11:34

Fort heureusement, il ne faut pas être une femme pour être féministe.Et si tous les humains l'étaient, la vie serait plus simple...
Je me souviens bien de cet article, je l'ai mis en lien au début ;)

Papou 10/05/2017 17:38

comme le disait Desproges : La seul certitude que j'ai, c'est que je suis dans le doute...

Victor Ladou 10/05/2017 18:10

Et comme le faisait dire Geluck à son chat " Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. C'est mon avis. Et je ne vois pas pourquoi j'en changerais..."

Melusine Hoffman 10/05/2017 17:55

Voilà c'est ça :o