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Se sortir les doigts du cul

Se sortir les doigts du cul

Les expressions de notre langue sont souvent imagées, fleuries même.

S’il y en a une que j’affectionne particulièrement, tu l'auras deviné, c’est « se sortir les doigts du cul ».

Mettons de côté la vulgarité de la chose, pour se concentrer sur le sens même de ces mots. Cette expression est très claire, contrairement à d’autres (comme « dormir sur ses deux oreilles », il faudra un jour qu’on m’explique), parce que même si tu n’en as jamais fait l’expérience, tu comprends rapidement qu’avec tes doigts enfoncés dans ton popotin, il devient rapidement problématique d’agir dans ta vie de tous les jours.

Le truc, c’est que ce geste (bien qu’inhabituel dans mon quotidien, je te l’accorde) est certes d’une facilité déconcertante à accomplir, mais résoudre cette impasse l’est aussi. Retirer ses doigts est certainement plus simple que les mettre.

Donc, les gens qui sont dans la merde (jolie expression, en rapport je le suppose) à qui l’on demande de se sortir les doigts du fion (oui je vais te trouver de jolis synonymes) le sont certainement volontairement, et sortir de cette situation n'est pas si difficile.

D’ailleurs, le plus souvent, une fois que l’on a commencé à se sortir les doigts du fondement, on découvre avec émerveillement que les choses s’améliorent assez rapidement, ou en tout cas avec moins de difficultés que l’on ne pouvait le croire.

Les obstacles dans notre vie sont souvent des monstres mythiques, des hydres à trois têtes avant que nous les affrontions. « Je n’y arriverais jamais », « je ne peux pas faire ça », « il m’est impossible de lui dire ça »… Une fois confronté à ce monstre, on se rend compte qu’il a autant d’agressivité qu’un lapin.

Et même si parfois, nous nous retrouvons face à une bête plus grosse, on s’en sort vivant, malgré tout. Avec le temps, peut-être même plus fort, parce que cette expérience nous aura apporté quelque chose.

Attention, je ne parle là que des gens qui se retrouvent dans des situations où il faudrait qu’ils se sortent les doigts de l’arrière-train. Il y a des choses dans la vie contre lesquelles on ne peut rien, je ne parle pas de ça ici.

Le plus dur, c’est donc la décision d’extraire ses doigts de son rectum. (Oui, je vais continuer à garder cette image, elle me plaît, et c’est le sujet principal de l’article.)

Qu’est-ce qui nous angoisse ?

La peur de l’autre, de sa réaction, son jugement, la perte de son affection, ses remontrances ? Ou l’effort qui va devoir être fourni ?

Certains obstacles qui nous paralysent dans notre vie sont des moments difficiles à passer, mais ils sont aussi confortables. Ne pas agir demande moins d’efforts. « Je ne peux pas, je ne suis pas bien. » « C’est inutile, ça ne mènera à rien. » « Je n’y arriverais pas. » Sortir de cette situation demandera sûrement des efforts, des contraintes, mais une fois ces efforts fournis, on se sentira mieux. Et quoi ? Il faudra affronter le monde réel, les affres du quotidien, ce qui peut être déprimant, angoissant…

C'est ce qu'on appelle un cercle vicieux. (Y-aurait-il un rapport avec l'expression de départ ?)

Rester face à un irrésolu donne au moins ce sentiment absurde de sécurité : je sais ce qui cloche. On oublie trop souvent que la vie arrive toujours à te surprendre, surtout quand tu crois que ça ne peux pas être pire. Cela dit, tout le monde n'agit pas pour trouver le bonheur.

La question logique qui se pose est donc : tout le monde peut-il être heureux ?

Après tout, le bonheur n’est qu’une période entre deux tranches de malheur. Ou le malheur n’est qu’une période entre deux tranches de bonheur, à toi de voir si tu es plutôt optimiste ou pas. En tout cas, impossible de ressentir l’un sans l’autre. Quelqu’un qui n’aura jamais été triste ne se rendra même pas compte qu’il est heureux.

Être heureux, c’est donc une angoisse affolante : combien de temps cela va-t-il durer ? Et si on ressent cette angoisse, continue-t-on à être heureux ?

Mes années de philosophie m’ont appris à poser des questions, alors je n’ai pas de réponses.

Une autre hypothèse serait qu’avoir les doigts dans le culot n’était pas une image à la base, et que les gens aimaient simplement bien ça.

Se sortir les doigts du cul
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À propos

Melusine Hoffman

Clermontoise pseudo-écrivaine. Râleuse Chronique. 36 15 jraconte ma life. Prends le temps de lire, et de commenter (surtout si tu n'aimes pas...)
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